Françoise Sagan est, de loin, une de mes auteures préférées. J’ai très envie de vous parler aujourd’hui de deux de ses livres, Bonjour Tristesse, bien sur, mais aussi Un certain Sourire qui a été écrit et publié peu de temps après ce dernier, en 1956.
Deux petits bijoux écrits alors qu’elle n’avait que 18 ans, où les héroïnes respectives, Cécile et Dominique, incarnent ‟une certaine jeunesse” qui ne se préoccupe pas de la morale encore pesante des années 50. Elles vivent leur vie de manière indépendante, avec une légèreté teintée d’égoïsme, un appétit de plaisirs et une bonne dose de nonchalance, d’où le scandale provoqué par ces figures dans la France encore conservatrice des années 50.
Dans Bonjour Tristesse, Cécile, 17 ans, passe l’été dans une villa de la Côte-d’Azur avec son père en compagnie duquel elle vit depuis sa sortie de pension. A Paris, ils mènent une vie insouciante de gens aisés et sans attache particulière, sinon leur complicité qui tient plus de celle de bons copains de jeux. Le père accumule les conquêtes sous le regard bienveillant et admiratif de sa fille qui aspire à cette vie de bohème, et qui fait son apprentissage de la vie entre clubs de jazz, flirts, ivresse et vagues études de philosophie.
Elle voit cet été passé en compagnie de son père comme un prolongement de leur vie parisienne, et découvre l’amour dans les bras de Cyril un “gentil garçon” qui l’aime et qu’elle aime…“bien”. Les accompagne, la toute dernière maîtresse de son père, une gentille blonde un peu écervelée, plus cocotte que mannequin. Tout s’annonce pour le mieux, entre virées au casino et séances de bronzage, jusqu’à la venue d’Anne. Brune, la quarantaine, cultivée et posée, son mode de vie est aux antipodes de celui de Cécile et de son père. La volonté de celui-ci de refaire sa vie avec elle, inquiète Cécile qui sent qu’en sa compagnie, il faudra reconcer à leurs habitudes et se ranger, mener une vie de famille plus traditionnelle. De cela, il n’en est pas question pour la jeune fillet et un drame se prépare… Qui lui apprendra la souffrance et la tristesse…
Dans Un certain sourire, Dominique, 20 ans, poursuit de vagues études à la Sorbonne, étudie un peu et paresse beaucoup. Elle a un petit ami, encore un “gentil garçon” (ils n’ont décidemment pas le beau rôle chez Sagan!) qu’elle aime “bien”, avec qui elle passe le temps mais avec lequel elle s’ennuie un peu.
Lors d’un déjeuner, il lui présente son oncle et sa tante, Françoise et Luc, la quarantaine, qui s’attachent à elle et réciproquement. Tandis que Françoise cherche à la prendre sous son aile pour la dégourdir de sa solitude, la sortir, la former à la vie mondaine, elle se sent attirée par Luc et l’attirance est réciproque. Ce dernier a déjà eu plusieurs aventures, des parenthèses sans réelle importance. Il propose à Dominique de partir avec lui sur la Côte-d’Azur pour vivre cette aventure quelques jours, loin des regards indiscrets. Elle accepte, séduite par cette escapade qui la change de son quotidien et l’éloigne pour un temps d’une vie agréable mais monotone, pensant que ce sera une expérience sans conséquence. Oui mais…
Deux portraits de jeunes filles, deux portraits d’une époque aussi, d’un certain milieu et d’une certaine jeunesse, qui pourraient presque être banals s’ils n’étaient pas servis par le génie de Sagan, sa plume mordante et sa capacité à disséquer les êtres, à rendre avec une telle finesse les égarements et l’apprentissage de la vie, de la passion et de la souffrance…
Le tout, écrit à 18 ans à peine.
Des lectures qui, je vous assure, ne laissent pas indifférent et qui vous marquent!
Bonjour Tristesse, Françoise Sagan, Pocket, 153 p, 4,60€
Un certain sourire, Françoise Sagan, Pocket, 124 p., 5€















